Pourquoi toujours vouloir se mettre au régime?

Pourquoi toujours vouloir se mettre au régime

 

 

 

 

Boire du jus de pamplemousse tous les matins, bannir les trois «p» (pain, pâtes, patates) ou manger exclusivement des avocats debout en dansant la Bachata (une tendance à la hausse)... on nous bombarde quotidiennement d’informations nutritionnelles et de celles-ci émergent parfois les régimes les plus farfelus. Au-delà de la nourriture ingérée et la dépense énergétique, la perte de poids comporte plusieurs aspects psychologiques, passant par la motivation à se mettre au régime aux mécanismes inconscients influençant nos rages alimentaires les plus exotiques. Voici donc, quelques aspects à considérer la prochaine fois qu’une petite ou grande envie d’adopter un nouveau régime drastique t’assaille.

 

C’est pas toi. C’est ton régime.

 

De nombreuses études ont documenté l'échec des régimes basés sur les restrictions alimentaires. Certes, ces méthodes permettent parfois une perte de poids à court terme, mais généralement, le poids si vite perdu est rapidement regagné au cours des mois suivant le régime «miracle» occasionnant même un gain de poids à long terme, davantage même qu’avant ledit régime! Malgré ces informations et multiples tentatives échouées, plusieurs en viennent à croire qu’ils ont un «manque de volonté» ou que le problème est en eux et non dans la méthode! On penserait que ces résultats non-concluants découragent à se soumettre sous l’épreuve d’un autre régime restrictif et pourtant, plusieurs envisagent ou tentent à nouveau l’expérience. Comment se fait-il?

 

Au nom de la santé! Vraiment?

 

Les processus mentaux motivant le désir de perdre du poids sont multiples et parfois difficiles à démystifier parce que plusieurs de ces mécanismes opèrent hors du champ de la conscience. Sans être une liste exhaustive, voici quelques facteurs insidieux qui, potentiellement, titillent l’envie de se mettre au régime:

 

  • Je suis belle, donc je suis: Outre les images de corps parfaits photoshopés placardés sur les panneaux publicitaires et médias sociaux, on remarque une tendance sociétale, commençant dès le plus jeune âge à complimenter davantage les jeunes filles sur leur apparence (t’es donc ben belle, toi!) et les garçons par rapport à leurs habiletés (wow! T’es super fort!). Ces compliments semblent banals, mais à force de les répéter, on constate qu’à l’adolescence et à l’âge adulte les femmes tendent à se valoriser davantage par leur apparence physique et les hommes par leurs accomplissements.  La bonne nouvelle, c’est qu’en encourageant les jeunes filles et les femmes à faire de l’activité physique et développer leurs habiletés sportives, on remarque un impact positif sur l’estime de soi et la capacité à s’affirmer!
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  • T’as de beaux os tu sais! Les compliments reçus lors d’une perte de poids peuvent aussi venir renforcer cette perception que, pour plaire physiquement, on doit perdre et maintenir un poids qui n’est pas nécessairement le plus sain pour notre corps.

 

  • Non, mais toi ça te va bien. Une forme d’apprentissage social s’opère également sur l’observation des modèles dans l’entourage, leur propre relation avec la nourriture et leur poids. Si on observe sa maman constamment critiquer son corps et adopter des restrictions alimentaires, cela augmente les probabilités de sentir que notre corps aussi est inadéquat et qu'on devrait tenter de l’altérer.

 

Tous ces apprentissages et informations ajoutent des voiles parfois imperceptibles à travers lesquels nous percevons notre réalité, créant des distorsions par rapport au corps, mais aussi à ce que nous croyons être bon pour la santé.

 

Moins d’effort pour accomplir plus: L’art d’honorer ta faim et tes envies.

 

Cessons donc le festival d’auto-flagellation à grand coup de kale jusqu'à épuisement (sauf si on aime ça bien sûr, chacun son truc!). De nombreux professionnels de la santé se tournent vers une approche priorisant l’apprentissage d’une saine relation avec le corps et la nourriture, évitant de diaboliser certains aliments et sans parler de restrictions alimentaires.  Les approches telles que l’alimentation intuitive et l’alimentation consciente (mindful eating pour les intimes), ne sont pas synonymes d’anarchie alimentaire. Elles suggèrent d’apprendre à respecter son corps en apprenant à reconnaître et écouter ses signaux internes plutôt que de se fier à des indices externes (compter les calories, grammes de gras, portions fixes, etc). Cette sensibilité au corps permettrait d’honorer sa faim et ses envies les plus absurdes (Même les cornichons au beurre d’arachide? Oui, ladies!), autant que ses signaux de satiété.  Elles incitent également à apprendre à reconnaître les moments où l'on se tourne vers la nourriture en réponse au stress, émotions difficiles ou que l’on mange sans réellement avoir faim.

 

 

La perte de poids est parfois pertinente pour des raisons de santé, mais les régimes drastiques visant le contrôle de l’image d’un corps déjà sain peuvent entraîner des fluctuations du poids plus nuisibles à la santé qu’un léger surplus de poids. En fixant des objectifs de perte de poids irréalistes, on tend à surestimer le bonheur  que cette «nouvelle» silhouette procurera et à sous-estimer les aspects négatifs autant psychologiques, physiques que sociaux pouvant y être associés. Alors, plutôt qu’à mettre nos énergies dans un nouveau régime, tentons de diriger cette impulsion vers un peu de «self-love», un investissement probablement plus payant à long terme!

 

 

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Audrey Charneux

Psychoéducatrice

Audrey est animée par un désir de sensibiliser les gens qui l’entourent à la prévention et au traitement des problématiques de santé mentale, ainsi qu’aux stigmas qui s’y rattachent. Elle choisit de s’associer à HappyFitness, car elle est inspirée par la vision de leur équipe dynamique qui rencontre la sienne: une approche positive et saine du sport et de l’alimentation, ainsi qu’une perspective globale de la santé et du bien-être. 

 *Membre de l’Ordre des psychoéducateurs/psychoéducatrices du Québec, OPPQ

 

Références

Bush, HE, Rossy, L, Mintz, LB, & Schopp, L. (2014). Eat for Life: A Worksite Feasibility Study of a Novel Mindfulness-Based Intuitive Eating Intervention. American Journal of Health Promotion, 28, 380-388.  

Camilleri, G.M., et al., Intuitive eating is inversely associated with body weight status in the general population-based NutriNet-Santé study. Obesity, 2016. 24(5): p. 1154-1161.

Field, A.E., et al., Relation between dieting and weight change among preadolescents and adolescents. Pediatrics, 2003. 112(4): p. 900-906.

Mann, T., et al., Medicare’s search for effective obesity treatments: diets are not the answer. The American Psychologist, 2007. 62(3): p. 220-233.

Pietiläinen, K.H., et al., Does dieting make you fat? A twin study. International Journal Of Obesity, 2012. 36(3): p. 456-464.

Trawick-Smith, J. (2014). Early Childhood Development A Multicultural Perspective. New-Jersey: Pearson (6th edition).

Tribole, E. and E. Resch, Intuitive eating. 2012, New York: St. Martin’s Griffin. 369