Le règne des données : Réflexion sur la nécessité des moniteurs d’activité (fitness trackers)


 Crédit photo:  Nick Jio sur Unsplash

Crédit photo:  Nick Jio sur Unsplash

Dire qu’il y a un engouement pour les moniteurs d’activité (fitness trackers) est un euphémisme. En 2018, l’AMSC (American College of Sport Medicine) place la technologie portable, comprenant les montres GPS, moniteurs cardiaques, bracelets intelligents et tout autre moniteurs d’activité, au 3e rang des tendances dans l’industrie du fitness juste après l’entraînement à haute intensité (HIIT) et les entraînements en groupe. Une compagnie nommée Athos prévoit même lancer des vêtements de sports capables de mesurer le niveau d’activité musculaire & la respiration en temps réel. Bref, nous sommes fous des données et les moniteurs d’activité ont la cote.

Le principe est simple, on se procure un bidule technologique qu’on s’assure ensuite de porter EN TOUT TEMPS. En mesurant notre vitesse, niveau d’activité quotidienne, qualité de sommeil, nombre de pas, battements cardiaques et même notre niveau de stress, ledit petit outils promet de nous aider à garder la forme. Non, mieux encore. Il promet de nous aider à sans cesse s’améliorer, indicateurs de performance à l’appui. Se mesurer pour devenir une version de soi-même toujours meilleure que la précédente. Du moins, c’est ce que le marketing de ces appareils fabuleux laisse entendre.

Doit-on oui ou non posséder un moniteur d’activité pour être en bonne forme ? Débattons.


En faveur du oui : Pour la motivation !

  • Les moniteurs d’activité ont ceci de positif qu’ils sont motivants. Bientôt trois heures que tu es immobile sur ta chaise de bureau? Vibrations et alarmes ne manqueront pas de t’en informer, tout en t’encourageant à te lever pour interrompre cette inactivité prolongée !
     

  • En plus, ces bidules nous conscientisent au mouvement réellement effectué dans une journée. Puisque bouger demande un certain niveau d’effort, il n’est pas rare de surestimer la quantité de mouvements auxquels on s’adonne. Mais, lorsqu’ils sont mesurés, sauvegardés & compilés, on a l’heure juste. Par exemple, on peut penser marcher suffisamment chaque jour pour finalement réaliser qu’on n’atteint même pas les 10 000 pas recommandés pour être considérés actifs. C’est là que le petit-machin-compteur-de-pas dument attaché à notre poignet peut nous inciter à ajouter des pas supplémentaires à notre quotidien pour se rapprocher de l’objectif.
     

  • Pour les plus sportifs, les montres GPS indiquant le nombre de kilomètres parcourus, la vitesse par kilomètre ou le rythme cardiaque peuvent s’avérer de très bons guides, indispensables par moment pour optimiser les entraînements. Par exemple, connaître la distance parcourue est utile pour assurer une évolution graduelle qui, tout en permettant des gains au niveau de la forme, aide à éviter les blessures.
     

  • Finalement, il est toujours encourageant de suivre notre progrès à travers nos données.


En faveur du non : Pour le plaisir !

Il est vrai que les moniteurs d’activité motivent & guident leur propriétaire. Le problème survient lorsque, ce qu’on gagne en données et en motivation extrinsèque, on le perd en plaisir et en motivation intrinsèque.

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  • Un des problèmes des moniteurs d’activité est le stress qu’ils peuvent causer. Se sentir obligé d’aller courir, malgré une grosse grippe, parce que ça nous vibre sur le poignet. S’imaginer que notre entraînement ne vaut rien parce qu’on a laissé notre moniteur bien aimé à la maison. Ces inquiétudes peuvent compromettre le bien-être, mais aussi la réussite d’objectifs à long-terme. Quand le fait de bouger devient une pression de faire monter des chiffres sur un compteur, ce n’est qu’une question de temps avant d’être confronté à l’abandon ou encore, l’obsession. Dans les deux cas, le résultat final est le même : on développe un ressentiment pour quelque chose d’aussi fondamental que le mouvement.
     

  • Ils peuvent également contribuer à creuser le ravin immense présent entre nous et notre propre corps. Connectés de plus en plus à la technologie et de moins en moins à notre corps, on en vient à ne même plus savoir comment on se sent, indépendamment des données. Prenons en exemple une contente fictive, nommée Camille.

 

Camille se lève un mercredi matin et se sent plutôt énergique, reposée. Quelques pas de danse pour sortir du lit : « BON MATIN MONTRÉAAAAAL ! » – pense-t-elle. Cependant, lorsqu’elle regarde son moniteur d’activité, il lui indique que son sommeil était très agité. Sans nécessairement être consciente de l’effet nocebo (placebo négatif) de ce dernier, Camille se sent soudain plus fatiguée. C’est finalement la mine basse qu’elle se dirige vers la cuisine pour se préparer à déjeuner. « Encore mal dormi ! » se dit-elle contrariée, en kickant le calorifère.

 

Vendredi, le soleil brille et Camille est prise d’une envie d’aller courir. Musique aux oreilles, elle se sent merveilleusement bien et avance d’un pas qu’elle croit rapide... jusqu’à ce qu’elle jette un coup d’œil à sa montre GPS, lui indiquant une vitesse par kilomètre inférieure à ce qu’elle aurait espérée. Finalement, Camille décide qu’elle se sent plutôt lourde et rebrousse chemin plus tôt que prévu.  

Ces extraits ne sont que des anecdotes, bien entendu, mais ils représentent bien le stress et la dépendance qu’un petit bidule peu créer chez son utilisateur. Sans parler de la déconnexion qui peut s’installer entre ce dernier et son corps.


Verdict

Alors, moniteur d’activité oui ou non ? Ça dépend de la personne et de l’utilisation qu’on en fait !

 crédit GIF

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En conclusion, les moniteurs peuvent s’avérer utiles pour autant qu’ils ne viennent pas rajouter des contraintes de plus quand ce qu’il manque, c’est du plaisir. Elle est louable la quête d’une version toujours meilleure de soi-même. Mais à quel prix ? On n’est pas dans un jeu vidéo. Le but d’être en santé n’est pas d’accumuler des points et des high-five virtuels, mais simplement de se sentir bien, le plus souvent et le plus longtemps possible. Et pour ça, il n’y a rien de plus important que le bon vieux plaisir.

Nous ne sommes pas des athlètes et performer n’est pas notre travail. Bouger notre corps ne devrait pas être compliqué !

 

Voici quelques astuces pour profiter de tes bidules en gardant toutefois le plaisir de bouger au centre de ta motivation :

  • Prévois un entraînement sans moniteur dans ta semaine (ex : une course pour le fun, un cours    de yoga, etc.) Fie-toi à la sensation de brûlure dans tes muscles ou à la vitesse de battement de ton coeur pour jauger ton effort. Parfois, il faut lâcher les données des yeux et simplement se « pousser » …ou ralentir, c’est selon.
     

  • Utilise ton compteur de pas pour mesurer les distances que tu fais régulièrement (ex : du métro à chez toi). Tu sauras ainsi ce que représente grosso modo, une journée active sans avoir à regarder compulsivement ton moniteur.
     

  • Peu importe le nombre de calorie brûlé ou la vitesse de complétion de ton parcours, prends le temps de noter à quel point tu te sens bien après avoir bougé. En bout de ligne, c’est ça qui te motivera à recommencer régulièrement

 

#Gardeçasimple l’ami(e) !

 

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