Faut-il être vegan?

Si vous n’avez pas regardé le documentaire « What the health? » disponible sur Netflix, vous l’avez assurément vu circuler sur Facebook, agrémenté de prises de positions bien tranchées (et chargées d’émotions). Eh bien, imaginez-vous donc que NOUS AUSSI, on l’a vu, ce « documentaire » qui fait l’éloge du régime végétalien. On vous partage notre impression sur la question « faut-il être vegan? », qu’on espère nuancée. Svp, tout le monde, on reste poli !

 

LES FLEURS

 

D’abord, commençons par les fleurs. Aussi sensationnalistes soient-ils, les simili-documentaires dans le genre « What the health » ont au moins un mérite. Ils poussent le spectateur à se questionner quant aux impacts de l’alimentation sur leur propre santé et sur celle des collectivités, sur l’environnement et – dans ce cas-ci - sur le bien-être animal. Il est vrai qu’une alimentation plus végétale apporte son lot de bénéfices nutritionnels, favorise la sécurité alimentaire globale par rapport à la consommation de viande, allège le fardeau environnemental de la production alimentaire et ne maltraite pas d’êtres vivants pourvus d’une conscience. Comment ne pas être d’accord? Nous prônons nous aussi la santé de façon non-égoïste.

Puis, bien que le moyen choisi pour illustré le propos soit questionnable (c.-à-d. prendre au dépourvu un employé des centres téléphoniques de grandes corporations), le « documentariste » met le doigt sur un problème éthique MAJEUR dans le fabuleux monde de la nutrition publique : le financement par l’industrie. C’est effectivement assez incroyable de voir que l’American Heart Association reçoit entre autres des subventions colossales de Pepsico, Mars, Dominos Pizza et de l’industrie bovine de plusieurs états américains (du moins, c’est ce que rapporte le film). Un beau conflit d’intérêt qui nous pète dans face comme une balloune d’eau. Ne venez pas nous dire que recevoir des milliers de dollars à chaque année n’influencera pas les recommandations émises au grand public par de tels organismes… Bref, il est toujours pertinent d’aller chercher un avis impartial lorsqu’il est question de santé.

Aussi, le film suscite la réflexion par rapport à la nature de notre système de santé nord-américain, lequel est conçu pour traiter les malades et non pour PRÉVENIR l’apparition des maladies. Ça fait d’ailleurs la joie de l’industrie pharmaceutique… mais nous n’embarquons pas là-dedans, si vous le voulez bien.

 

LES BÉMOLS

 

Bref, le film met de bons points sur la table et fait brasser les idées. Cela dit, un auditoire moindrement doté d’un esprit critique est vite déçu (voir insulté) par certaines méthodes utilisées par le réalisateur pour tirer une conclusion pré-déterminée et donc, biaisée. Par exemple :

·       Cherry picking dans les données scientifiques et utilisation d’études d’observation qui, sans démontrer un lien de cause à effet entre la consommation de produits animaux et certaines maladies, seront interprétées comme tel par plusieurs personnes sans formation scientifique ou un peu dans la lune ;

·       Recours à des témoignages sensationnalistes et à des cas isolés pour promouvoir une approche « one size fits all » au grand public. Doit-on rappeler que « l’anecdote » n’a aucune valeur scientifique et que la réponse à un traitement est influencée par la génétique de chacun…

·       Participation à l’éternelle guerre SUCRE versus GRAS, ce qui mélange et décourage le public en jouant au ping-pong avec son opinion. Ce n’est ni l’un ni l’autre de ces nutriments qui causera directement un problème de santé. Pour reprendre l’exemple du film, le diabète de type 2 est une pathologie complexe causée par un ensemble de facteurs. Tant l’abus de sucre que de gras animaux est nocif, mais ni l’un ni l’autre ne peuvent expliquer à eux seuls l’apparition de la maladie.

 

Donc finalement… Faut-il est vegan ou pas?

 

La vérité, c’est qu’il n’y a pas de réponse définitive. C’est vrai que la consommation de produits animaux sème plusieurs doutes pour la santé humaine. On n’a qu’à penser au lien entre la consommation de viande transformée (saucisses, bacon, etc.) et le cancer [1] ou la présence de mercure dans le poisson [2]. Les végétaux sont quant à eux plutôt irréprochables côté nutrition, surtout s’ils sont bio. Donc, à défaut de détenir la vérité absolue, on pourrait se dire « pourquoi prendre le risque? » et opté pour une alimentation 100% végétale, puisqu’elle suffit amplement à combler nos besoins, tout en – on se répète – étant bénéfique pour l’environnement et patati et patata.

Cela semble facile en théorie, mais n’est pas simple en pratique. Bien sur, il y a « la nutrition » dans la vie, mais il y a aussi : la gastronomie, le terroir, les voyages, les soupers de famille, les weekends de pêche, les cafés latte, les biscuits de votre grand-mère… Veut-on mettre une croix sur tout ça? Et si oui, aura-t-on la certitude de vivre plus longtemps, en meilleure santé et plus heureux? Pas sûre.

Par ailleurs, pour améliorer leur sort, il y a bien des choses que les gens pourraient modifier à leur mode de vie avant de se lancer dans une diète entièrement végétalienne : apprendre à cuisiner ou trouver le temps de le faire, manger moins transformé, marcher plus, arrêter de fumer, gérer leur stress… Couvrons les bases avant d’adopter, tête baissée, des solutions drastiques & extrêmes. Qu’en pensez-vous?

 


 
 

 

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