Nutrition : Dix moyens d’aiguiser sa conscience et son intuition

 

On s’en parlait dans notre dernier article. Savoir précisément la quantité de quel nutriment mettre dans son organisme à quel moment n’est pas une technique joyeuse et durable pour être en santé et bien dans sa peau. En suivant à la lettre ce que nous dicte notre tête, celle-là même qui croit connaître tout sur tout, on risque de faire taire notre corps ( j’ai faim ) et même de l’offusquer en tentant d’inhiber ses désirs (allo, les cravings). Puisqu’on est d’avis que se nourrir est à parts égales un besoin ET un plaisir de la vie, laisse-nous te guider à travers le positivisme de l’alimentation intuitive et consciente. Non, tu verras que ce n’est pas une secte.

 

 

Appelée mindful eating ou intuitive eating en anglais, l’alimentation consciente revient à enraciner son attention dans le moment présent et à se concentrer sur nos sensations, nos pensées et nos émotions lorsqu’on mange [1]. La notion d’intuition, elle, nous porte à écouter et à faire confiance à nos signaux corporels pour réguler la quantité de nourriture consommée. Donc, on mange lorsque la faim physique se manifeste et on dépose la fourchette lorsqu’on est rassasiée, mais pas trop pleine. Certains scientifiques ajoutent même un troisième principe fondamental à leur définition d’alimentation intuitive: refuser de s’adonner à des comportements alimentaires restrictifs [2], soit une approche de style « anti-régime ». Ça tombe bien parce que nous, un petit chocolat de temps en temps, on adore.

 

Bref, contrairement à d’autres méthodes plus ou moins recommandables pour gérer son alimentation, le mindful eating favorise l’atteinte de résultats positifs sur le plan de la santé physique et surtout psychologique, notamment en favorisant une relation saine et décomplexée avec les aliments ainsi qu’une plus grande acceptation de soi [3]. Et bien que le but ultime de cette approche ne soit en rien la perte de poids, des études suggèrent que l’alimentation intuitive est liée à un IMC plus bas chez ses adeptes [2]. 

 

Au cas où le message ait glissé entre les lignes jusqu’à date, le voici énoncé plus clairement: manger de façon intuitive et consciente ne peut qu’être bénéfique! Voici donc quelques trucs concrets pour t’initier à la technique et élever ta qualité de vie alimentaire à un niveau supérieur:

 

1) Scan ton corps : Comment te sens-tu physiquement? Passe rapidement chacun de tes membres en revue, de haut en bas. Porte une attention particulière aux signaux de faim : ventre qui gargouille, légère baisse d’énergie, début de mal de tête, etc. Pendant que tu manges, sens graduellement ta faim s’apaiser alors que ton estomac prend de l’expansion, toujours dans les limites du confortable. Après, vois la différence. Te sens-tu lourde et trop pleine (#coupdebarre) ou au contraire, légère et ré-énergisée? Au besoin, utilise cet outil illustré pour comprendre les différents niveaux de faim physiologique. 

 

2) Sois ton psy : En théorie, les humains mangent uniquement pour nourrir les cellules qui les constituent. En réalité, il en est tout autrement : on cherche souvent à apaiser des émotions désagréables avec les aliments… ou au contraire à célébrer des évènements joyeux. Si tu as l’impression de manger régulièrement au-delà de ta faim, réfléchis aux causes réelles qui te poussent à agir ainsi. Peut-être entretiens-tu une relation qui ne te sert pas? Peut-être pourrais-tu dormir 1h de plus par nuit? Ou prendre une marche, te couler un bain chaud, allumer une chandelle à la lavande et siroter une infusion au gingembre pour te détendre? Une fois qu’on comprend ses patterns, il est beaucoup plus facile de traiter le problème à la source! L’alimentation suivra tout naturellement.

 

3) Ton monde : Notre entourage peut avoir une grande influence sur notre comportement alimentaire. Par exemple, en compagnie de quelqu’un qui mange vite, on pourrait être portée à accélérer le rythme sans même s’en rendre compte. Aussi, si ta meilleure amie te supplie de partager un gâteau triple chocolat avec elle, il peut sembler difficile (lire : impossible) de dire non! Manger de façon consciente, c’est être attentif à ce genre d’influence pour ensuite prendre nos décisions en toute lucidité. Partage autant que possible tes repas avec ceux qui favorisent des choix alimentaires sains et avec qui tu as envie d’établir une connexion de qualité en discutant de sujets qui t’intéressent.

 

4) Les pièges de ton environnement : De quoi as-tu envie lorsque tu passes à côté de la boutique Laura Secord du Centre Eaton? De naviguer dans un océan de chocolat fondu sur une gaufre pneumatique, oui (nous c’est pareil). Notre univers moderne regorge de stimuli olfactifs et visuels nous incitant à manger par gourmandise, en l’absence de faim. Sois consciente de ce genre de tease sensoriel. Demande-toi si manger l’aliment X en vaut vraiment la peine. Si oui, déguste la quantité minimale requise pour satisfaire ton palais.

 

5) Une belle ambiance : Manger de façon mindful implique d’accorder de l’attention à son assiette et de se placer dans les bonnes prédispositions pour en apprécier le contenu. Que vous mangiez seule ou accompagnée, mettez de la bonne musique (#songza), éloignez tous les écrans de votre champ de vision (télé, ordi, cell) et disposez de jolis napperons et ustensiles sur la table avant d’y prendre place. Et FYI, comme le dit mon ami Micheal Pollan : un bureau n’est pas une table!

 

6) La vaisselle : Mon amie Suzanne m’a déjà raconté une drôle d’anecdote. Paraît-il que chez plusieurs couples mariés, l’homme perd du poids et la femme en prend au fil des ans. Pourquoi? Car en vidant une assiette de grosseur égale à chaque repas, l’homme ne comble pas tout à fait ses besoins et la femme les surpasse. La morale : il est souhaitable d’aider son intuition à respecter ses signaux de satiété en personnalisant le format de notre vaisselle. Comme le dit Krista Scott-Dixon : petite personne, petite assiette. Grande personne, grande assiette. Et rappelle-toi que peu importe ce que l’on nous a appris dans notre enfance et la grosseur de notre assiette, rien ne nous oblige à finir celle-ci jusqu’à en lécher le fond. Les restants font des lunchs merveilleux. 

 

7) Valoriser ses aliments : Nous sommes nombreux en Amérique du Nord à avoir le luxe de prendre la nourriture pour acquis. Quelle erreur! Aies une pensée pour les gens et les ressources naturelles qui ont produit tes ingrédients, ainsi que pour la personne qui a fait les courses et cuisiné pour toi avec amour (même si cette personne est toi-même). Lorsqu’on prend conscience de la petite histoire derrière notre repas, on le respecte et l’apprécie d’autant plus. Il est alors moins tentant de l’engloutir d’un trait avec insouciance.

 

8) Ralentir le tempo : Mange lennnn-te-mennnnt. Dépose ta fourchette. Compte le nombre de mastications requises par bouchée, puis augmente ce nombre à la bouchée suivante. Alterne avec des gorgées d’eau. Manie les ustensiles de ta main non dominante. Prends des pauses. Discute avec ton pote. Au besoin, programme un minuteur pour t’assurer d’étaler l’ingestion de ton repas sur un minimum de 20 minutes, soit le temps requis au cerveau pour recevoir le signal de « je n’ai plus faim ».

 

9) Déliciosité 101 : On l’a dit, on le répète. S’alimenter est un besoin vital ET un plaisir de la vie. Sois ouverte à la nouveauté, mais respecte tes préférences alimentaires. Même si le kéfir est un super aliment pour ta santé, inutile de t’en approvisionner pour l’année à venir si le goût te fait horreur. Aussi, ne te contente jamais de plats insipides. Aromatise-les avec des fines herbes, des épices, du citron, une petite touche umami. Au besoin, inscris-toi à un atelier culinaire pour développer ton talent à préparer des mets délicieux qui donneront envie de s’arrêter pour les savourer, et non de les engloutir rapido presto.

 

10) La peur du manque : As-tu déjà acheté impulsivement un vêtement un peu trop cher (le dernier morceau sur le rack) sous l’effet du syndrome-de-la-dernière-chance? Eh bien, sache que la beauté avec la bouffe, c’est qu’il y en aura toujours de disponible dans le futur. Donc, ne ressens pas le besoin de sauter sur un one-time-deal de pizza et d’en manger jusqu’à ce que ça te sorte par les oreilles. Défais-toi de cette fausse impression de rareté. Tu en apprécieras encore plus le goût si tu le savoures tout doucement, sans stress ni interdiction (ni mal de cœur).

 

Bref, en prenant conscience de tous les facteurs qui influencent tes comportements alimentaires et en développant l’intuition de manger selon tes signaux de faim physiologique, se nourrir devient un moyen de dorloter ton corps et non un stress supplémentaire à ta vie. Pour commencer dès maintenant, pratique l’exercice du raisin proposé par Julia, détentrice d’un BAC en psycho et bientôt nutritionniste, sur son blog Bonheur et Boustifaille!

 

 

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